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_"Une remarque m'est resté travers de la gorge: je ne t'ai jamais connu avec Tristan. Il y a eu ce moment de ma vie où je passais beaucoup de temps avec Raphaël, et puis tu as commencé à sortir avec Tristan, je suis parti de Saint Germain, on ne se voyait plus qu'occasionnellement. En bref, j'ai dans mon esprit une représentation de toi en quelque sorte vierge de Tristan, si tu me permets l'expression. Tu es restée celle tu as toujours été pour moi, une sorte de concept indéfinissable caché derrière une amitié sans borne mais en même temps très particulière. Tous ces moments d'incommunicabilité que nous avons vécu, et ces moments de joie intelligible, et indicible, lente à souhait, parce que je n'ai jamais su organiser de manière dynamique un morceau de temps partagé avec un ami. Nous n'avons finalement jamais parlé de Tristan, et puis finalement, je suis aussi arrivé à un moment où votre couple était autonome, ses crises internes qui ne sont pas partageables avec l'extérieur car trop reliées au quotidien intime et indicible, trop difficilement transcriptibles pour l'"autour".
En voyant tes dernières photos, j'ai pensé à beaucoup de choses. En premier lieu, de la jalousie envers Tristan, non pas au premier sens du terme, mais plutôt une jalousie liée à ces photos que tu prenais. Il était un temps où c'est moi qui était pris en photo, et tu aurais pu prendre mon groupe si j'avais eu l'occasion de continuer à faire de la musique sérieusement. Avec du recul, j'ai toujours été jaloux de tous tes sujets photographiques. D'ailleurs un jour on fera des photos de mode ensemble, je me sens suffisamment subversif pour imprimer ma différence dans des vêtements qui me sont indifférents. C'est pas la question. Je corrige un truc, j'ai toujours été jaloux de tes sujets photographiques masculins, et attirés par tes sujets photographiques féminins. Ta chambre noire mentale m'a toujours introduit dans un monde dans lequel je n'avais aucun repère, mais qui me plaisait au moins pour son intérêt socio-philosophique. D'où l'émotion en voyant ces photos de mode, et d'autres que j'ai déjà oublié (ma mémoire immédiate n'a pas évoluée ... au contraire...).
Finalement, de ta relation avec Tristan, je n'ai eu que le roman photo de tes clichés, petit à petit, avec l'induction philosophique que la photographie véhicule. Cet arrêté spatio-temporel m'instruisait de votre couple, sans savoir rien du tout. Je me sens donc pas forcément bien placé pour en parler: pour moi, tu n'est pas une moitié, tu es encore Une, tout entière, tout à toi. [...] "
R.O.
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